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Histoire : LA PEDAGOGIE FREINET AU SENEGAL

POUR UNE COOPERATION RENFORCEE ASEM : ICEM - Bulletin n°25

LA PEDAGOGIE FREINET AU SENEGAL

 

POUR UNE COOPERATION RENFORCEE ASEM : ICEM

 

Dans les années 50, en Afrique, des éducateurs se sont reconnus dans l’action de Freinet et dans les finalités et les objectifs sur lesquels se fondait sa recherche d’une pédagogie pour une école populaire.

 

En 1951, des classes africaines pratiquent le texte libre, le calcul vivant, les conférences et les enquêtes, tirent un journal au limographe et à l’imprimerie, échangent textes, journaux et lettres, utilisent le fichier scolaire coopératif, les fichiers autocorrectifs et le plan de travail.

Parmi ces militants Eustache Prudencio, ancien instituteur puis Inspecteur de l’enseignement primaire, est en relation avec Freinet et membre de la CEL et de la FIMEM. Il anime des stages à Dakar en 1951 et en 1953 et publie en 1967 un document : Pédagogie vivante : vers l’Ecole moderne africaine techniques Freinet” dans lequel il s’adresse à ses collègues africains : “les idées que nous avançons, loin de vous endoctriner ou d’être des panacées, vous permettront, du moins nous l’espérons, de réfléchir sur les problèmes pédagogiques qui se posent aux pays pauvres, et d’apporter votre contribution à la conception d’un nouvel humanisme...

Toute notre activité est organisée sur la base coopérative, l’instituteur étant non plus le maître, mais le guide qui aide les enfants à s’éduquer et à se cultiver.”

La pédagogie Freinet entre ensuite dans un long temps de silence.

 

En 1986, le CA de l’ICEM, avec l’objectif d’amplifier son action internationale de soutien aux éducateurs engagés pour une école populaire, décide de tenter de rétablir des contacts avec des instituteurs africains.

Ce sera le début de la renaissance de la pédagogie Freinet en Afrique francophone et l’émergence d’une nouvelle génération de militants pédagogiques africains.

 

Bref aperçu d’une longue histoire

 

En 1987, à l’initiative de Jean Le Gal, instituteur en France et de Papa Meïssa Hanne, directeur d’école au Sénégal, un échange entre enfants s’établit entre l’école de Ragon à Rezé (44) et l’école de Diawar au Sénégal.

La première mission de Jean Le Gal en 1988 lui permet d’étudier, avec les instituteurs de Diawar, les possibilités de pratiquer la pédagogie dans les conditions difficiles de l’école sénégalaise et, avec les autorités de l’éducation nationale, une coopération dans le cadre des finalités tracées à l’école nouvelle sénégalaise par les “Etats généraux de l’Education” de Dakar.

En 1990, une nouvelle rencontre à Diawar réunit cette fois les instituteurs des villages environnants en présence de l’inspecteur départemental et des parents d’élèves : correspondance, texte libre, journal, coopérative, droits de l’enfant...

La pédagogie Freinet avec ses principes et ses techniques a retrouvé une place.

Les instituteurs de Diawar décident donc de créer “le Club Freinet du Sénégal”. Trois écoles rurales constituent d’abord le Club Freinet : Diawar, Wassoul, Ronkh et Kheune, la première technique installée étant la correspondance.

 

Mouvement d’instituteurs, avec l’appui de l’ICEM qui s’engage à soutenir son action novatrice, il est reconnu officiellement par le Ministère de l’Education Nationale. Il devient l’Association sénégalaise de l’Ecole Moderne, avec pour objectifs de vulgariser et d’adapter les techniques Freinet au Sénégal et en Afrique, par des expérimentations, des recherches et des stages.
Le stage de mai 1994 permet de dégager des conclusions qui ouvrent une nouvelle phase d’autonomisation et de coopération internationale.

1. Les instituteurs de l’ASEM engagés dans des processus novateurs dans leur classe sont en mesure d’initier seuls leurs collègues aux techniques qu’ils ont expérimentées ou créées.

2. Le rôle des intervenants extérieurs (formateurs et chercheurs du Sénégal et membres de l’ICEM et du GREF) est d’apporter un approfondissement théorique et pratique en réponse à leur demande.

3. La coopération entre l’ASEM et l’ICEM doit s’inscrire désormais dans un partenariat pédagogique qui nous permette de développer des recherches - actions définies mutuellement, afin, comme le souhaitait déjà Freinet lors du stage de Dakar de 1952 “qu’ensemble, dans notre commune dignité d’hommes libres, nous nous préparions à toujours mieux remplir notre fonction : former des hommes qui demain sauront, mieux que nous, travailler à construire le monde fraternel où il y aura pour chacun du pain et des roses.”

 

L’ASEM, devenu mouvement autonome, soutient à son tour la création de Mouvements pédagogiques dans d’autres pays africains où des éducateurs se sont mis en marche comme Makan Magassa au Mali, Jean Dayé au Bénin.

Elle décide en 1995, avec l’aide de l’ICEM et de la FIMEM, d’organiser, à Saint Louis, le premier séminaire africain de la pédagogie Freinet.

L’objectif principal est de partager des expériences menées mais aussi surtout de créer une organisation africaine qui pourrait regrouper et coordonner toutes les initiatives pédagogiques de ces nouveaux mouvements Freinet africains du Bénin, du Burkina, du Mali, de la Mauritanie, du Sénégal, du Togo.

Jean Le Gal, responsable des relations internationales de l’ICEM, participe à l’élaboration des textes, des objectifs et de la structuration de cette nouvelle structure africaine.

Ce sera la naissance de la coordination africaine des mouvements d’école moderne.

 

Où en est l’ASEM aujourd’hui ?

 

L’ASEM, pour atteindre ses objectifs, s’est organisée pour :

• Un cadre de concertation, de travail, de formation continue de ses membres ;

• Un lieu de documentation et de création de bibliothèque nationale de travail ;

• Un moyen d’échanges à l’échelle internationale entre membres des Mouvements Freinet.

 

Reconnu à la fois par le ministre de l’éducation nationale, la coopération française et les ONG, elle est partenaire des actions menées pour le changement de l’école et participe à “la Table de Concertation” réunissant les différents acteurs du changement.

Ses responsables sont donc très impliqués dans l’innovation car les pratiques expérimentées dans ses classes et ses écoles entrent pleinement dans l’objectif de formation d’hommes libres et responsables capables d’apporter une contribution efficace au développement nécessaire du pays.

Le programme de développement de l’éducation et de la formation qui couvre la période de 2000 à 2010 vise à l’accès à l’éducation pour tous et exige un enseignement de qualité.

 

Les responsables de l’ASEM et ses différentes cellules créées dans les différentes régions travaillent en coopération avec le Ministère de l’Education Nationale et les autorités académiques. Ce qui facilite leurs actions de formation. Ils agissent en partenariat avec les ONG (Aide et Action, ENDA), des organisations pédagogiques et avec les PEES (Partenariat pour l’Efficacité de l’Education au Sénégal), composante de la mission française à la coopération, qui a soutenu un module sur l’éducation à la citoyenneté.

Grâce à une action approfondie de formation interne, aujourd’hui, les éducateurs Freinet ont pu mettre en place l’expression libre, la création, la gestion coopérative, le tâtonnement expérimental, des apprentissages individualisés, l’ouverture au milieu...

Mais ils rencontrent de nombreuses difficultés dues aux effectifs pléthoriques, au manque de moyens matériels, à la rigidité des emplois du temps, à la difficulté de mobiliser la masse des enseignants.

C’est pourquoi la relation avec les enseignants de l’ICEM demeure fondamentale pour affronter les difficultés et pour poursuivre la mise en œuvre de pratiques novatrices.

 

Pour un renforcement du partenariat ASEM / ICEM

 

En coopération avec l’ASEM, les relations de l’ICEM avec le Sénégal se sont diversifiées tant au niveau des partenaires qu’au niveau des champs d’action : écoles, groupements de femmes, de jeunes de la rue, des écoles communautaires, participation avec ENDA à un projet d’éducation à la démocratie participative...

C’est pourquoi, en octobre 2002, suite aux réflexions sur la coopération internationale menées au Congrès de Talence, une rencontre de travail a eu lieu à Dakar entre les responsables de l’ASEM et jean Le Gal, représentant de l’ICEM afin de redéfinir les principes et les modalités de partenariat entre nos deux mouvements.

Deux grands centres de recherche - action ont été retenus :

* L’éducation à la citoyenneté :

Renforcer les pratiques de citoyenneté dans les classes à partir des pratiques actuelles et d’expérimentations nouvelles dans et hors de l’école, par une mutualisation des pratiques et une analyse collective.

Il s’agira aussi de voir en quoi les pratiques participatives à l’école influent sur l’organisation sociale de la communauté dans laquelle est insérée l’école et renforcent ses capacités d’auto-organisation, la participation des personnes à l’élaboration des projets et aux décisions, le partage des responsabilités, le statut de l’enfant et la place de sa parole dans l’école, la famille, la communauté et la résolution des conflits.

* L’apprentissage :

Les échecs à l’école ont amené le Ministère de l’Education Nationale à insister sur la qualité des apprentissages. Il est donc important de renforcer les pratiques par la création de démarches et d’outils qui s’appuient sur le tâtonnement expérimental, les projets motivants et les apprentissages individualisés. Il est aussi nécessaire de réfléchir à une pédagogie novatrice dans les classes à grand effectif : une relance de l’enseignement mutuel, expérimenté à Dakar, il y a plus de deux siècles. Par ailleurs, l’ASEM attend des militants de l’ICEM qu’ils agissent pour que des villes qui sont en partenariat avec des villes et villages du Sénégal favorisent la mise en place de relations entre des écoles et des stages de formation à la pédagogie Freinet. A titre d’exemple en 2002 :

- la ville de Rézé a financé un stage à Diawar pour 30 instituteurs de la communauté rurale ;

- les écoles de Moussac et de Millac, avec les élus et les parents de leur commune ont établi un partenariat avec l’école et le village de Ricotte au Sénégal.

 

En conclusion

 

La pédagogie Freinet a retrouvé sa place militante dans l’éducation populaire sénégalaise.

En une quinzaine d’années, grâce à l’action persévérante de quelques éducateurs engagés et déterminés, le Mouvement de l’Ecole Moderne du Sénégal a été reconnu non seulement par les autorités et les enseignants du pays mais aussi sur le plan international, une reconnaissance qui sera couronnée par la tenue de la RIDEF au Sénégal en 2006.

 

Contribution collective de l’ASEM

last modified 19-11-2009 21:50
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