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Carnet de voyage en Palestine octobre 2010

 

carnet de voyage en Palestine
octobre 2010
par Georges Bellot
 
À la Ridef de Nantes, la Fimem m’a demandé de la représenter au FME, Forum Mondial de l’Éducation, à Ramallah, du 28 au 31 octobre 2010. Je resterai en Cisjordanie jusqu’au 10 novembre. Je serai à Ramallah avec Etienne Bovet du GD 30 et Michel Prost du GD 05. Nous animerons un atelier sur la correspondance.
À la demande de plusieurs camarades, j’enverrai régulièrement des observations et réflexions sur mon séjour et mes différentes rencontres sur les listes Fimem, Icem, Freinet, comme je l’avais déjà fait en 2005…
 
Mercredi 27 octobre :
Arrivée en Israël puis en Palestine. Sérieux interrogatoire par plusieurs responsables de la sécurité. On est finalement autorisés, Michel et moi, à rentrer dans le magnifique aéroport Ben Gourion de Tel Aviv.
Avec un taxi collectif, nous arrivons à Jérusalem par une magnifique autoroute. Jérusalem est envahi par des centaines de touristes qui passent, insouciants, d’églises en synagogues, de synagogues en mosquées. Tout le monde se côtoie : juifs à chapeaux, femmes voilées, jeunes filles en short, religieuses, écoliers en uniformes et touristes reporters… Tout cela sous la surveillance « débonnaire » de jeunes militaires armés, noirs et blancs, garçons et filles, présents partout.
Et pourtant, tout près, il est difficile de circuler, d’étudier, de vivre, au pied des colonies israéliennes qui se dressent sur toutes les collines, sous les kilomètres du Mur qui développe l’apartheid…
Demain… Ramallah.
 
Jeudi 28 octobre :
Un car nous conduit, sans problème, de Jérusalem à Ramallah. Un petit hôtel  bien confortable tenu par un français. Une grande manif traverse la ville pour nous conduire au magnifique centre culturel de Ramallah… Avec des drapeaux, des chants des jeunes des villages encerclés par le Mur… Des discours en arabe et en anglais présentent le forum qui rassemble quelques centaines  d’internationaux (Français, Canadiens, Belges…) et des milliers de palestiniens ; beaucoup de jeunes.
Pour les divers groupes et mouvements de la société civile, le FME offre un espace ouvert pour la mise en réseau, le débat démocratique, la formulation de propositions : « l’éducation est un outil pour libérer les gens car elle permet de prendre conscience de sa propre situation et son rôle dans la société. Le forum vise à défendre le droit à l’éducation et à célébrer son rôle en rapprochant les cultures et les pratiques ».
 
Vendredi 29 octobre :
Des dizaines d’ateliers dans deux écoles vétustes… Des discussions nombreuses, animées dans de trop nombreux ateliers mais aussi des activités avec des enfants, des jeunes : une école de cirque fait quelques démonstrations. L’animateur déclare qu’il préfère que ses jeunes jonglent avec des pierres plutôt que de les lancer sur les militaires israéliens…
Deux équipes de foot s’affrontent dans une cour : le joueur qui marque un but doit mettre un brassard et  doit faire en sorte d’aider ses équipiers à marquer des buts : on favorise l’entr’aide, la coopération… les jeunes du camp de Aïda dansent la dakba, la danse traditionnelle qui réunit filles et garçons  et qui entretient la résistance…
Pendant le forum se déroule le festival du jeu organisé par l’association EJE (Enfants, jeu et éducation) présidée par Stephan Hessel. L’objectif principal de ce festival de jeux est de faire participer les enfants et les adultes dans les activités récréatives extérieures afin de sensibiliser sur le rôle essentiel des jeux qui peuvent servir d’outils pédagogiques et éducatifs, car ils sont source de divertissement mais aussi de développement personnel. Il fallait voir le sérieux de l’enfant responsable du jeu et de son animation et les efforts de réussite des adultes et des enfants qui participaient…
 
Samedi 30 octobre :
Journée de décentralisation : Tous les participants se rendent dans différentes villes de Cisjordanie : Hébron, Jérusalem, Bethléem, Jenine, Naplouse. Temps nuageux et pluvieux. Nous prenons un taxi pour Naplouse (une heure et demie au nord de Ramallah). Nous traversons de magnifiques plantations d’oliviers dominées par les installations militaires israéliennes et les trop nombreuses colonies …
Nous visitons, à grande vitesse la ville avec un militant local très engagé dans la formation sociale avec les syndicats. Il nous montre les dommages et les terribles destructions causés par l’armée israélienne de 2002 à 2008 dans une ville qui est  patrimoine de l’UNESCO.
Nous nous arrêtons un instant devant une plaque qui rappelle qu’une famille entière de 11 personnes a été tuée dans la destruction de sa maison par les bulldozers des militaires…
L’après-midi,  la splendide et toute nouvelle université An-Najah accueille divers ateliers : nous assistons à un atelier sur l’éducation et la prison. Six palestiniens ex-prisonniers politiques, des femmes et des hommes de 24 à 65 ans nous disent les grandes souffrances et les humiliations auxquelles ils ont été soumis. Ils nous racontent leurs difficultés pour étudier dans les prisons israéliennes mais aussi leur joie de pouvoir réussir : deux conférenciers  étaient devenus professeurs d’université.
 
Dimanche 31 octobre :
C’est le dernier jour : tout le monde s’agite et en particulier tous les jeunes internationaux qui ont participé à l’animation de cette étonnante rencontre. C’est une émouvante session de clôture qui privilégie l’arabe et l’anglais… heureusement qu’il y a de charmantes interprètes québécoises.
Je rentre avec Jacques Neno responsable de l’association EJE. Nous prenons de petites routes qui nous permettent d’éviter Jérusalem et ses contrôles et d’arriver à Bethléem.
Ce soir, je dors confortablement chez une chrétienne, Teresa, dans la vieille ville.
 
(Dans la suite, quelles dates ? Est-ce chronologique ? J'ai demandé à Georges et j'attends sa réponse.)
 
Centre culturel Al Rowwad, camp de réfugiés de Aïda :
Ce matin, je visite le camp de Aïda, près de Bethléem, au centre culturel Al Rowwad qui abrite de multiples activités culturelles dans un magnifique bâtiment construit avec l’aide de diverses associations européennes. Une troupe de théâtre parcourt la France tous les 2 ans : cette année ils seront en Europe de la mi-juin à la mi–juillet. Son directeur, Abdelfattah Abusrour reçoit des  groupes de voyageurs qui circulent en Cisjordanie.
Ce jour-là une rencontre  presque surréaliste et tout simplement magnifique. Une classe du collège de Chamandier de Gières, agglomération de Grenoble était présente avec parents et enseignants et une quinzaine d’adolescents de classe de 3e, en vacances de Toussaint. C’est un échange avec l’école latine de Beit-Sahour près de Bethléem. Les enfants palestiniens iront à Grenoble en mars. Ces voyages se déroulent depuis plusieurs années. Les élèves se préparent dès la cinquième et sont volontaires.
Réflexions des jeunes :
-On est tellement bien accueillis que l’on ne sent pas la guerre. Quand on voit le Mur, ça fait bizarre.
-Quand je parle avec ma correspondante, je comprends des choses. Elle n’est pas libre de circuler : elle ne peut aller à Jérusalem, elle ne peut pas aller voir la mer Morte.
-J’adore les falafels et le houmos.
-Leurs relations familiales sont plus simples, plus naturelles, plus soudées que chez nous. Les familles sont réunies et sont voisines ou habitent ensemble.
 
L’école du Petit Prince :
Jacques Neno, responsable de EJE a créé l’école du Petit Prince, une école laïque, privée. Elle se compose d’une école maternelle de deux classes dans un beau bâtiment avec pas mal de matériel et un effectif d’une vingtaine d’élèves pour les deux classes. Le CP a été ouvert cette année mais l’Autorité palestinienne n’autorise pas la cohabitation des classes primaires dans les locaux des écoles maternelles. Le CP a donc été accueilli dans le collège catholique de la Salle où tout semble bien se passer. C’est Elen Cariou, institutrice d’une école « diwan » et membre de l’ICEM qui enseigne cette année dans cette classe avec des outils Freinet.
 Le proviseur a organisé une journée pédagogique consacrée à la pédagogie Freinet et il a pu rassembler une cinquantaine de professeurs des environs de Bethléem qui nous ont écouté attentivement et ont posé de nombreuses questions sur l’autonomie, la coopération et l’organisation du travail. Un professeur de l’Université de Jérusalem était présent et il a invité Elen à venir faire une conférence pour ses étudiants.
 
Manif anti-mur :
Le mur a commencé en 2002. Les manifs populaires de contestation ont commencé en 2005. Elles concernent de 15 à 100 personnes.
La répression est diverse et variée : les responsables sont menacés au téléphone, l’armée entre dans les maisons, menace et bouscule la famille. Il arrive qu’elle emprisonne les meneurs et les condamne à quelques mois de prisons. Une association de jeunes anarchistes ISRAELIENS propose ses services parfois aux différents villageois et se mettent  devant la manifestation.
C’est une association de tourisme alternatif Lolyland qui conduit les internationaux à la manif de ce jour, dans le village de El Wallaja, près de Bethléem, juste au dessous d’une colonie. Le mur est en construction à côté du village palestinien.
Notre taxi collectif arrive à la sortie de la mosquée. Une centaine d’hommes se pressent derrière 2 banderoles, une tenue par des femmes européennes, l’autre par des Palestiniens : stop au mur. Dans le groupe, il y a une vingtaine de Français et d’étrangers. Des enfants d’une dizaine d’années brandissent des drapeaux palestiniens.
Nous longeons le mur et nous nous arrêtons à la fin de la construction : on s’aperçoit qu’il est en béton du côté palestinien et empierré du côté de la colonie afin qu’il soit plus… beau.
À une cinquantaine de mètres… une jeep, avec des soldats qui regardent et écoutent les slogans et les chants des manifestants.  Beaucoup de photographes pour les témoignages. Au bout d’une vingtaine de minutes les manifestants sont appelés à se disperser. Une nouvelle jeep apparaît. Quelques jeunes venus d’autres villages hissent des drapeaux en haut des échafaudages. Les 2 jeeps se rapprochent… Les responsables discutent avec les jeunes et la dispersion se fait calmement.
Au retour, dans le taxi, le responsable nous raconte que des colons israéliens voulaient se joindre à la manif contre le Mur.  Les Palestiniens ont évidemment refusé car les colons sont contre le Mur qui les empêchent d’aller voler de nouvelles terres et d’agrandir leurs territoires. Chaque vendredi, des manifestations ont lieu dans toute la Palestine.
La semaine précédente, dans le village de Hussan, des colons israéliens ont mis le feu à une oliveraie. L’armée israélienne a interdit aux pompiers palestiniens d’intervenir car ils n’avaient pas de laisser-passer. Les oliviers ont brûlé sous le regard des villageois et des pompiers impuissants.
 
Dans un collège public de filles (sous autorité palestinienne) :
En taxi, je quitte Bethléem pour  Bethsahour. Le professeur de français, Fatma m’attendait. Je parviens à rentrer dans la classe sous l’œil inquisiteur de ses collègues. Il y a 40 élèves dont quatre voilées. La leçon concerne les activités libres du mercredi qui sont… le vendredi (livre Hachette).
La prof présente le sujet et propose une discussion par petits groupes et circule dans la classe pour répondre aux questions. Elle prépare un tableau que chaque groupe complète : c’est vivant, intéressant.
Le collège reçoit les filles de la septième (12 ans)  au bac. Les élèves ont 5 heures de français.
La prof fait 22 heures de cours et doit rester 30 heures dans l’établissement. Elle gagne 400 euros par mois après 10 ans d’ancienneté malgré de nombreuses grèves pour des augmentations dérisoires.
Une quinzaine d’élèves par classes sont sélectionnées et ont des heures supplémentaires pour aller jusqu’au bac.
Fatma met le voile par décision personnelle et elle est très à l’aise. Je lui fais remarquer que, comme la plupart des femmes voilées, elle s’efforce d’être élégante ; chemisier et voile violet, maquillage très soigné : elle me répond qu’on peut porter le voile et vouloir être jolie et élégante.
Elle lit avec intérêt le courrier que je lui propose : elle apprécie beaucoup la grande lettre et n’est pas gênée par la mixité de la classe unique.
 
Animation jeux dans un village, Beit Fajjar :
Je vais dans le camp de Aïda, au centre culturel de Al Rowwad rejoindre les jeunes animateurs qui partent faire une animation dans un village. Il y a 5 garçons : Amzi, Omar, Mourad, Mouhamed, Maher et une fille Fade. Ils chargent, avec des enfants du camp, de nombreux jeux dans le minibus de l’association. Pendant le trajet, la bonne humeur règne : musique, rires et chansons, frappe dans les mains… L’autoroute passe au-dessous des nombreuses colonies qui envahissent la région : des routes bien gardées en limitent l’accès interdites aux palestiniens. Par moments nous côtoyons le Mur qui n’en finit plus d’avancer.
Nous arrivons à 14 heures devant la mairie toute neuve où  des femmes qui avaient organisé la rencontre nous reçoivent. Une cinquantaine d’enfants sont déjà là et aident à descendre le matériel installé sur la terrasse de la mairie. Ils ont de 3 à 14 ans. Très vite, ils seront 152.
Les jeux fabriqués par les animateurs sont simples et solides : il y a les jeux calmes, d’adresse, de réflexions, de compétitions et 2 planches à roulettes. Les enfants tournent et vont d’un jeu à l’autre, en riant, en coopérant, en se bousculant sous l’œil attentif des animateurs qui circulent, conseillent, prennent  des films ou des photos.
Les tout petits tiennent la main du grand frère ou de la grande sœur. Les tenues vestimentaires sont étonnantes et très variées : de l’élégante, à la jolie robe du dimanche, à la chemise blanche, aux jeans délavés, aux foulards pour les plus grandes.
Un groupe d’italiens observe la scène et photographie ce grand moment de rencontres chaleureuses. Katia, de Rimini, enseigne l’anglais dans le village, toute l’année.
Il est 16 heures, le soleil commence à se cacher derrière la colline. Il faut partir : les jeux sont transportés dans la voiture par quelques volontaires. Pendant ce temps, un animateur  fait chanter et danser les autres. Le minibus s’en va sous les applaudissements et les bravos des enfants qui se dispersent.
Les animateurs sont contents de leur après-midi et déjà préparent, entre deux chansons, leur prochaine expédition dans un autre village isolé.
 
À Jérusalem :
Je quitte ma logeuse sympa et je quitte Bethléem. Des cyber-cafés… ce ne sera pas facile de communiquer. Mais pour entrer dans Jérusalem, il faut franchir un check-point bien gardé par des jeunes soldats bien zélés. J’espère qu’ils ne me piqueront pas mon Laguiole qui me permet d’éplucher mes pommes délicieuses.
Toujours beaucoup de touristes. Ce matin, lever à 6 heures pour essayer d’être tranquille à l’église du Saint Sépulcre. C’est raté, beaucoup de groupes étaient déjà là ; une centaine de personnes pour entrer dans la chapelle qui abriterait le tombeau de Christ.
Il fait déjà chaud ; je déjeune  bien ; un croissant palestinien au chocolat et un café arabe… mais j’ai payé très cher (30 shekels, 6 euros). Il fallait demander le prix avant… C’est plus cher que  sur la place de l’Horloge pendant le Festival, à Avignon.
J’ai le temps, j’en profite pour faire quelques réflexions.
À Gaza, le Hamas prend doucement les choses en mains avec la complicité des journalistes qui pratiquent l’autocensure pour être tranquilles. Le Hamas s’efforce d’organiser, malgré le blocus, l’éducation, la police, la santé. Il faut savoir que l’Europe a payé la construction de l’aéroport de Gaza que les Israéliens se sont empressés de détruire sans aucune réaction des états européens.
En ce moment l’Europe coopère avec Israël et ne fait rien pour s’opposer aux colonies qui se multiplient en territoire palestinien et au Mur qui s’allonge malgré les décisions de l’ONU.
Et ce n’est pas l’illusion Obama, qui ne faisait rien quand il avait la majorité, qui essayera de trouver une solution à l’heure actuelle.
Le Fatah, à cause de ses compromissions avec Israël, est souvent comparé au gouvernement de Vichy !
Les Universités sont isolées : il ne peut y avoir des échanges de professeurs. Les étudiants ne peuvent pas profiter de leurs bourses puisqu’ils ne sont  pas autorisés à sortir de Gaza.
À Gaza, le taux de chômage est énorme et la densité de la population est la plus élevée du monde.
Grâce à l’aide internationale, les Gazaouis ne meurent pas de faim, mais ils passent leur journée à essayer de trouver à manger. Pendant qu’ils cherchent de la nourriture, ils ne dépensent pas leur énergie à construire autre chose.
« On » les maintient à genoux ; « on » ne les tue pas mais « on » fait en sorte que leur vie devienne un enfer, tout en espérant qu’ils finiront par s’entredéchirer et qu’ils s’autodétruiront.
Ouf ! On me disait optimiste !
Visite au consulat et rendez-vous pris avec la responsable des relations avec les écoles de l’autorité palestinienne.
Pour ce soir, j’ai trouvé un  bon resto et un minuscule cyber-café où tout marche bien : dans le souk Khan ez Zeit.
 
 Le dernier jour, le 8 novembre :
Une journée bien remplie.
Je rentre dans l’église Saint George (sans s). C’est une église anglicane, les mal-vues des églises chrétiennes de Jérusalem. Une grande clarté, un orgue immense et à ses pieds une organiste joue.
Quel bonheur ! C’est grandiose ! Et en plus, elle parle italien. Nous communiquons.
Nous parlons musique et hélas de bien d’autres choses. Elle est catholique et prépare la nuit de Noël où elle chante avec sa chorale. Elle vient dans cette église anglicane pour s’entrainer. Elle me dit qu’à Jérusalem, les communautés chrétiennes ont intérêt à se soutenir et à s’entraider. Elle me déconseille d’aller en Cisjordanie à cause des terroristes qui se font exploser et qui obligent les Israéliens à construire un mur pour se protéger.
Je lui signale que après 1940 et jusqu’en 1948 les terroristes étaient les israéliens et qu’ils ont rasé des centaines de villages.
Elle me répond que c’est impossible puisque avant la venue des Israéliens, la Palestine était un désert. Et que tout ce que je raconte, c’est de la propagande occidentale.
Je lui signale que nous n’avons pas les mêmes livres d’histoire et que je regrette ses affirmations. Et je m’en vais, désolé d’avoir parlé et compris.
Après une longue marche, j’arrive au centre qui coordonne les activités culturelles du consulat de France. Toutes les représentations diplomatiques sont là, regroupées dans de magnifiques demeures. À côté, des grands hôtels et le bâtiment de l’ONU, vide, car  les fonctionnaires sont en grève pour des problèmes de salaires. La coordinatrice de l’enseignement de français me reçoit. Une splendide jeune femme palestinienne arrive. Elle ne connait pas la Pédagogie Freinet et consulte ma documentation et la revue Création sur l’exposition internationale de Rennes. Elle apprécie la qualité des textes et la beauté des dessins. Elle commence par me signaler les difficultés de communication avec les classes en Palestine : mixité, religion, guerre et les dangers de la correspondance qui ne peut être « contrôlée ». Elle me dit qu’il est interdit aux étrangers de pénétrer, sans autorisation, dans les écoles de l’autorité palestinienne.
Mais elle envoie un message à toutes les classes concernées, profs et chefs d’établissements, avec une préférence pour les collèges de Gaza où elle se rend le lendemain dans un véhicule diplomatique car il est impossible de se rendre à Gaza par Israël ou par l’Égypte. Et pourtant Stephan Hessel, malgré ses 94 ans, y était la semaine précédente pour inaugurer la fête de la science.
Elle me signale que les écoles les plus accueillantes et les plus favorables à des échanges sont les écoles catholiques La Salle. Je m’en suis aperçu depuis mon arrivée.
Elle me rappelle que le service postal n’existe pas en Palestine et que tout devra se faire par internet. On peut envoyer des lettres  de Bethléem avec des timbres palestiniens... et elles arrivent quelques semaines après.
Je finis la journée à l’hôtel Jérusalem devant une grillade aux trois viandes, des frites, des carottes et des tomates et avec un verre de vin élaboré par des moines.
Je termine la soirée avec une grande bière pression de Taïbeh au milieu d’une forêt d’ordinateurs tout en écoutant un Oud et une derbouka…
Je vais bien dormir dans mon auberge de jeunesse (ouais), dans les souk bien vides la nuit et où passent, à toute vitesse, les tracteurs chargés du nettoyage.
 
J’ai pu quitter l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, l’aéroport le plus « sûr » du monde, d’après le Jérusalem Post. Avant d’arriver, le taxi  israélien a été contrôlé deux fois ; des policiers en civil se cachent partout (transports de chariots, serveurs…) Pendant les heures de queue, à 3 heures du matin, les interrogatoires sont multiples, les contrôles « radar » et les fouilles de bagages sont quasi systématiques et méticuleuses mais avec de gros mensonges et un peu de chance, on parvient à passer les documents, les photos  et les souvenirs palestiniens.
 
Pour finir, je dirai que circuler  seul en Cisjordanie,  en ne parlant pas anglais et en étant diabétique, ce n’est pas toujours facile mais c’est un bien grand voyage plein d’émotions et de belles rencontres. Je remercie tous les camarades de la Fimem et de l’Icem qui m’ont accompagné par des petits mots sympas.
 
Georges Bellot, a-g.bellot@wanadoo.fr