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Notre congrès panafricain - Le premier congrès panafricain de l’école moderne

extrait de l'Educateur n°10 de l'année 1963-1964

 
Le premier congrès panafricain de l’école moderne
 
par C. Pons
 
ORAN 23-31 Décembre 63
 
Que ce premier Congrès se soit tenu dans l’Algérie nouvelle, malgré les difficultés économiques et administratives qui marquent les premiers pas de la Révolution, mais dans le climat de reconstruction et d’enthousiasme pour l’avenir où les jeunes éducateurs algériens s’engagent avec une grande volonté, voilà qui symbolise cette première manifestation officielle de l’Ecole Moderne Africaine.
 
Il fallait l’admirable ténacité de notre ami Linarès, son dévouement intelligent et sa profonde connaissance de l’Algérie ; il fallait autour de lui cette équipe volontaire et fraternelle du Groupe Algérien de l’Ecole Moderne, pour réaliser et conduire au succès cette rencontre qui semblait encore impossible vingt jours avant l’ouverture.
 
Le secours indispensable des autorités algériennes, du Ministère de l’Orientation, des Comités de Gestion, l’aide de l’UNESCO et de la coopération franco-algérienne ont permis enfin que ce Congrès d’Oran, par ses travaux marque une date décisive dans le progrès pédagogique de l’Ecole africaine et dans le développement international de l’Ecole Moderne.
 
Les 100 stagiaires-congressistes, venus essentiellement d’Algérie, mais aussi de Tunisie, du Maroc, de Madagascar, inauguraient le nouveau CREPS d’Aïn el Turck. Une délégation de cinq camarades français de l’ICEM complétait l’équipe des responsables que notre ami Bachir Mekki, président du Groupe Algérien, Linarès l’animateur infatigable, et notre ami Chabaane à l’expérience profonde, dirigeaient avec compétence.
 
* Une riche exposition internationale de travaux d’enfants : peintures, dessins, tapisseries, poteries et de nombreux documents technologiques réalisés dans les écoles modernes algériennes et françaises, restait à la disposition des Congressistes et des visiteurs.
 
* Cinq groupes de travail étaient organisés pour l’étude spécialisée des problèmes pédagogiques, dont un groupe en langue arabe. Chaque groupe rédigeait un journal de stage tout en s’initiant aux techniques de base de l’Ecole Moderne : Expression libre par le dessin, le récit et le texte ; journal scolaire ; correspondance entre écoles ; organisation coopérative de la classe et de l’école.
 
* Deux Assemblées générales journalières regroupaient le Congrès :
- soit pour l’étude des rapports sur la situation scolaire dans les pays du Maghreb ;
- soit pour la synthèse des travaux du jour et les débats.
 
* Une journée fut consacrée à la visite de l’école pilote que dirige Linarès à Bou Sfer. Les camarades de Bou Sfer ont constitué une équipe de maîtres qui collaborent dans le même esprit - leur expérience sera relatée dans L’Educateur Africain. Pour la réunion de la coopérative ce sont les 4 classes qui étaient réunies sous le préau, avec le bureau dirigé par les élèves et qui préfigure le Comité de gestion.
 
* Une séance solennelle émouvante, présidée par M. l’Inspecteur d’Académie d’Oran, connut les nombreuses interventions et les messages fraternels et chaleureux des 26 pays africains où vit l’Ecole Moderne et qui attendent beaucoup de ce Congrès, et des décisions qui y furent prises.
 
* La presse et la radio algériennes ont donné des comptes rendus copieux et éloquents sur le Congrès et sur le stage.
 
* Pendant la durée du Congrès, les responsables ont fait régulièrement le point des travaux et préparé l’organisation de l’Ecole Moderne Africaine.
 
* Lecture a été donnée d’un rapport de Freinet sur le problème de l’Education dans les pays en voie de développement. Des motions ont été présentées. Des projets précis sont proposés aux pays africains, dont nous donnons l’essentiel ci-après :
- Création d’un Bureau permanent de l’Ecole Moderne Africaine, adhérent à la FIMEM, à l’OUA (Organisation de l’Union Africaine : Addis-Abeba) et à l’UNESCO. Chaque pays est représenté à ce bureau par un délégué. Le secrétariat est provisoirement assuré par la FIMEM.
 
Buts de ce bureau permanent :
1°. Etablir et exprimer la liaison         entre les pays africains où sont pratiquées les Techniques Pédagogiques de l’Ecole Moderne.
2°. Rassembler la documentation sur les réalisations de l’Ecole Moderne en Afrique.
3°. Recueillir les journaux scolaires africains et constituer ainsi la Bibliothèque permanente de la littérature enfantine africaine.
4°. Etudier les outils de travail adaptés à l’Ecole Moderne Africaine.
5°. Organiser des rencontres d’études et de travail.
6°. Fonder et alimenter un musée d’Art Enfantin Africain.
 
- La Gerbe Africaine. Elle est née aussi à ce Congrès. Elle rassemblera (comme le fait la Gerbe Internationale pour tous les pays), des textes et dessins d’enfants fournis par les Ecoles.
 
Pour le démarrage, la Tunisie assure la centralisation. Les dispositions pratiques sont portées à la connaissance des pays intéressés.
 
- Organisation plus systématique et plus ordonnée de la Correspondance interscolaire, pour les pays d’Afrique.
 
- L’Educateur Africain. Les membres des délégations africaines présentes au Congrès ont constaté le besoin d’un organe de liaison. Les nombreuses communications adressées au Congrès par 15 pays africains confirment ce besoin. Un comité de rédaction réunit les responsables de chaque pays intéressé. Le premier numéro de L’Educateur Africain publiera le compte rendu des travaux du Congrès d’Oran.
 
- Préparation d’un stage franco-africain cet été en France.
Nous avons rencontré des éducateurs, des administrateurs, des responsables politiques et syndicaux placés, dans un continent en plein développement, devant le problème tout neuf de l’éducation dégagée du joug colonialiste. Et, tout naturellement, ils se tournent vers les expériences libératrices de l’Ecole Moderne. Devant le problème urgent de l’alphabétisation le danger est grand de faire fond sur une pédagogie d’instruction accélérée, où risque d’être délaissée, sous prétexte de « résultats » immédiats, l’indispensable et cruciale préparation profonde des Africains qui doivent bâtir demain un continent nouveau. C’est à nous, c’est surtout à nos amis placés au sein de leur pays en gestation, qu’il appartient de faire triompher une pédagogie d’Ecole Moderne, d’adapter à leurs problèmes l’expérience et les outils préparés par 30 ans de recherches et de réussites ; de peser de toutes leurs forces sur l’avenir et l’éducation dans leur pays. La FIMEM les y aidera.
 
C. PONS
 

 

 http://www.icem-freinet.fr/archives/educ/63-64/10-fevrier64/13-15.pdf

 

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