Soumis par Claude Beaunis le 16/02/16 – 14:56

UN PANIER DE MOTS COMME DES FLEURS 


Cher Paola, nous voudrions  vous offrir à toi, ,à Claudio et à Irene un panier de mots «silencieux», des mots qui envisagent la profondeur; le silence, nous le savons, explore les zones où la parole  n’arrive  pas. Cependant, nous tenons à briser ce silence pour  dire tout haut ce que  nous voulons  partager avec toi, avec ta  famille, avec la Communauté du Movimento  di cooperazione educativa,  avec tous ceux qui sont impliqués dans l'éducation.
Une histoire n’est pas fait de vérités absolues, elle est un récit d'histoires dans lesquelles nous déposons le sens de la vie. Le lecteur ajoute, mais il puise à  un héritage d'origine.
Nous tournons les pages du  livre écrit par Giulio, à travers son témoignage; ces pages sont sur nous, elles nous  reflètent et soulèvent la question de la responsabilité de chacun/e et de  tous/tes.
Elles nous rappellent les fils parfois   interrompus, parfois brisés,  parfois souterrains  tendus entre les générations; ce sont des liens faits de projections, de désirs, d’éloignements et d’approches. Il n'y a pas de linéarité chronologique dans  cet échange d'héritage.
 C’est le jeune Giulio, aujourd'hui, à nous  laisser un héritage et c’est à  nous, qui sommes déjà loin dans le temps, d’en  bénéficier.
Notre génération composée de personnes aux  cheveux blancs a vu se briser beaucoup de rêves. Elle a vu ses  idéaux souvent pliés, forcés dans  un horizon limité et pauvre où règne la pratique de l'anonymat, le domaine de la consommation induite, de plus en plus répandus et tentants, la privatisation des sentiments, la mortification de la générosité, la promotion de  nouvelles servitudes manifestes et occultes.
Malgré tout  dans  plusieurs de nous  le désir de justice a été ancrée au point de coïncider avec  la vision du monde, de la vie quotidienne, une pression constante pour le changement. La cohérence avec ces principes n’est pas facile et passe par des chemins tumultueux, irréguliers et fatigantes; jadis  on utilisait une métaphore: «Nous devons aller à contre-courant."
Paola, toi, avec le Movimento di cooperazione educativa, tu as  cultivé, par l'action et la promotion constante et inlassable des activités éducatives et de formation, cette dimension et l'ensemble des valeurs qui l'accompagne, les valeurs de base de la vie et partagé de manière participative la démocratie, pour ne pas faire de cette  parole un rituel vide.
Notre méthode a pour habitude de semer plus de questions que de réponses; ne jamais se rendre, la nécessité de poursuivre la recherche pour expliquer l'origine des phénomènes, ne pas être satisfait de la réponse initiale aux problèmes parce qu'il y a toujours plus d'une solution. Il faut  changer le point de vue pour voir les situations sous plusieurs angles.
Cependant, on n'a jamais considéré  la méthode comme la seule broche de nos actions pédagogiques; la construction de la connaissance a toujours été accompagnée par l'idée qu'une communauté est vraiment libre si elle véritablement se fait charge de l'ensemble des droits de tout le monde,  si elle prête de l’ attention à la diversité de ceux qui la composent, aux inégalités à combler.
Dans un monde globalisé où tout interfère avec  des équilibres sociaux et politiques délicats, cette tâche est de plus en plus complexe;
pour cela, le partage et la responsabilité sont des pratiques essentielles et la formation à la citoyenneté devient un moyen nécessaire.
Nous sentons avoir  beaucoup en commun avec Giulio, nous entendons son histoire vivante partie de notre histoire pour sa méthodologie appliquée à une pratique infatigable, jamais satisfaite, le désir de continuer à enquêter sur la réalité et les événements, par souci de cohérence dans la conduite de la recherche qu’il a voulu partager en assumant la responsabilité. Sa perte tragique doit sonner, pour ceux qui sont engagés dans la construction d'un monde plus libre et plus démocratique, comme un cri d'alarme. La mort de Giulio est une blessure à la communauté scientifique et académique mondiale.
Depuis quelque temps, ceux qui étudient sont  exposés à  la cible de ceux qui veulent faire la guerre à la connaissance et à l'intelligence, peu importe l'appartenance politique  ou l’appartenance de la main-d’œuvre qui distribue brutalement la mort; notre attention doit être adressée à leur but commun: essayer de  réduire au silence la question fondamentale: «les êtres humains peuvent prétendre réduire au silence  d'autres êtres humains par l'exercice d'un pouvoir violent et corrompu?". Nous saluons Giulio  et nous vous embrassons, Paola, Claudio, Irene, avec affection accompagnée par votre  même regard vers l'avenir ... ils peuvent nous tuer, mais la volonté de connaître et de dénoncer  ne peut être éliminée par l'imposition d'une mort physique. Soyons solidaires pour ne pas laisser que la douleur laisse place à la  peur et à la résignation.
Vous embrasse  le  CA  du Movimento di cooperazione educativa
par Maria Teresa Roda (Trèvise) et groupe du MCE de Udine