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Pédagogie coopérative et enseignement de l’histoire à l’université de Madrid

Florence Saint-Luc a fait un entretien avec Alfredo Lopez à Madrid le 19 02 2010. Il lui a expliqué comment il essaie de pratiquer une pédagogie coopérative dans l'enseignement de l'histoire à l'université.

Alfredo Lopez - 19 février 2010

 

Appliquer des techniques de travail coopératif ou de dynamique de groupe n’est pas facile à l’université. Dans le cours que je donne sur les cultures de la Méditerranée, il y a une partie qui est l’« histoire de Rome ». Je ne peux prétendre donner une conférence  sur l’histoire de Rome, cela serait toujours incomplet.  Une partie repose sur le fait qu’ils mettent leurs connaissances dans le collectif, en commun. Comment ? Je leur distribue selon un système que j’appelle « d’experts ». Ce système d’experts consiste à ce que sur une feuille de ce type, dans laquelle il y a différents aspects… Ils choisissent à quel groupe ils veulent appartenir, parce qu’ils s’entendent mieux avec, ou parce que le thème les intéresse davantage… par exemple « politique, phases et expansion ». « Politique, institutions et règles », « La famille, la vie quotidienne et l’esclavage », « L’armée, les gladiateurs… ».. Il peut y en avoir un de plus, mais dans ce cas, il y en a eu 6. Ensuite, ils ont eu « la religion et les dieux », « L’art », etc… 
 

 

Avec ce papier que je leur donne, ils se répartissent en groupes, et ils commencent à travailler. Dans ce cas, il y a eu 6 groupes de 5 personnes chacun. C’est important. Cela doit être 6 groupes de 5, 5 groupes de 4, 7 groupes de 6, pour que le système fonctionne. Voici les groupes.

 


Le premier thème traité, par exemple, la famille et l’esclavage. Quand ils ont fini de parler 20 mn entre eux, chacun va dans chacun des autres groupes,  avec une forme d’itinérance, il se promène. Et il leur raconte, pendant 5/10 mn, peu de temps, ils racontent ce qu’ils ont étudié et qu’ils ont écrit, dans chacun des groupes. De cette façon, tous les groupes, tous dans le groupe finissent en ayant parlé à un moment, en présentant des choses. Et ceci parce que l’un d’entre eux a dit : « Pourquoi personne n’est allé au tableau pour l’expliquer à tous  ? » C’est un truc pour ne pas participer, parce que quelques-uns  sont passifs. L’idée, c’est que tous parlent. Donc, pour cela, par définition, ce n’est pas seulement une écoute passive : c’est une écoute active, parce qu’ensuite je leur donne ce papier.
 
 

C’est-à-dire qu’ils doivent d’abord travailler leur partie. Mais ensuite, ils doivent prendre des notes, de très bonnes notes,  sur ce que disent les autres groupes, à cause de cette feuille à remplir. Si bien qu’au final, tous, et chacun, vont aller dans le groupe suivant, et dans les minutes suivantes, chacun va dans les autres groupes.
 

 

Au final, chacun va sortir en se sentant expert en quelque chose,  achevant, ou complétant un travail sur une partie du monde romain. Immédiatement, je prends des notes, et je dis il a manqué cela, cela je le programme pour plus tard. Mais c’est beaucoup plus plaisant,  beaucoup plus créatif, que le cours à l’ancienne où je leur dis des choses qu’ils savent déjà, parmi eux. Au mieux, ils ont appris beaucoup plus, avec ce système, qu’un professeur peut leur apprendre dans un cours  traditionnel et ennuyeux.  Le résultat dans ce cas est très intéressant. Ce sont des photocopies, parce qu’ils m’empêchent de le laisser pour l’étudier. Ce sont des photocopies que j’ai faites ensuite. C’est une prise de  note de cours. C’est le travail que j’essaie… Parfois, c’est difficile d’apporter ces méthodologies à l’université, très difficile.  Il y en a qui pensent qu’on joue,   Il y en a qui disent « Ce jeu qu’on a fait l’autre jour... ».  Ce n’est pas un jeu, c’est du travail ! En fait, ils considèrent cela comme un jeu en comparaison avec des choses beaucoup plus ennuyeuses qu’ils font. Et aussi, comme nous avons un horaire de 2h et demi à 4h de l’après-midi, il faut qu’ils soient actifs, ou ils s’endorment. C’est ce que je fais avec eux.